À l’approche du congrès électif de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot), une question fondamentale mérite d’être posée : à quoi servirait une élection si les causes des crises qui secouent le football guinéen demeurent intactes ?
Depuis plusieurs années, la Féguifoot est régulièrement confrontée à des tensions institutionnelles, des conflits de gouvernance et des contestations qui fragilisent durablement le football national. À chaque épisode, les mêmes interrogations reviennent, les mêmes insuffisances sont dénoncées et les mêmes blocages réapparaissent.
Dans ces conditions, la Guinée n’a pas besoin d’une élection précipitée . Elle a surtout besoin d’un toilettage profond de ses statuts. Une réforme réfléchie, concertée et conforme aux principes de gouvernance de la FIFA et de la CAF, mais surtout une réforme qui ne soit pas taillée sur mesure pour satisfaire les intérêts d’un candidat, d’un clan ou d’un groupe d’influence.
Les textes qui régissent la Féguifoot doivent être au-dessus des ambitions individuelles. Ils doivent garantir l’équité, renforcer la transparence, prévenir les conflits d’interprétation et assurer une stabilité institutionnelle durable. C’est à cette condition que les prochaines élections pourront être crédibles et incontestables.
Vouloir organiser un congrès électif dans la précipitation, sans avoir corrigé les failles du cadre statutaire, reviendrait à reconstruire une maison sur des fondations fragiles. L’élection risque alors de produire les mêmes effets que les précédentes : des contestations, des divisions et une nouvelle crise.
La CAF et la FIFA ont aujourd’hui une responsabilité importante. Elles ne doivent pas seulement veiller au respect d’un calendrier électoral ; elles doivent aussi accompagner leurs associations membres vers une gouvernance stable et durable. Dans plusieurs pays africains confrontés à des crises répétitives au sein de leurs fédérations, ces deux instances ont accepté de prolonger les périodes transitoires afin de permettre une réforme des textes et un retour à un climat plus serein avant la tenue des élections.
La Guinée mérite le même accompagnement. Accorder un délai supplémentaire pour réviser les statuts de la Féguifoot ne constituerait ni une faveur ni un recul démocratique. Ce serait une décision responsable, guidée par l’intérêt supérieur du football guinéen.
Le véritable défi n’est pas d’organiser une élection à la date prévue coûte que coûte. Le véritable défi est de garantir que cette élection soit la dernière d’une longue série de crises et le point de départ d’une gouvernance moderne, stable et respectée.
Avant de choisir des dirigeants, il faut d’abord s’assurer que les règles qui les feront élire sont justes, équilibrées et adaptées aux réalités du football guinéen. C’est seulement à ce prix que la Féguifoot pourra retrouver la sérénité et consacrer toute son énergie au développement du football, plutôt qu’à la gestion de crises sans fin.
Par Marif Youla
