FÉDÉRATION OU RÉBELLION? LE COMEX DANS L’ILLÉGALITÉ FLAGRANTE

0
6147

Il arrive parfois que la légalité dérange. Que les procédures, aussi claires soient-elles, deviennent gênantes pour ceux qui rêvent d’un raccourci. Ce mardi 8 avril, la Fédération Guinéenne de Football a été le théâtre d’un épisode troublant, révélateur d’une crise silencieuse que certains cherchent à précipiter dans la rue et dans les médias.

En apparence, il ne s’agirait que d’une simple réunion du Comité Exécutif. Mais dans les faits, nous sommes en présence d’une tentative manifeste de déstabilisation, fondée sur une procédure irrégulière, menée au mépris total des textes, des recommandations officielles et du bon sens.
Le président de la Fédération, élu selon les règles en vigueur, avait convoqué une réunion statutaire. Jusque-là, rien d’anormal. Mais à l’approche de l’échéance, deux lettres sont tombées. Deux rappels à l’ordre émanant de la FIFA et du Ministère des Sports, toutes deux appelant à l’apaisement, à la suspension de toute décision conflictuelle, et à l’attente d’une mission de médiation. Dans n’importe quelle structure sérieuse, ce genre d’appel suspend le jeu. Le président l’a compris, et a agi en conséquence : réunion suspendue, notification faite à tous les membres, respect des textes.

Mais pendant ce temps, un petit groupe d’agitateurs institutionnels, portés par une forme de frénésie politique, a décidé de maintenir une réunion déjà annulée. Pis encore, ils ont tenté de faire passer en force une motion de révocation, introduite hors délai, en violation flagrante de l’article 37, alinéa 3 des statuts de la FGF. Dans le langage du droit, cela s’appelle une nullité absolue.

Aucun texte, aucun précédent, aucune jurisprudence ne peut légitimer une telle démarche. Le principe du parallélisme des formes est pourtant clair : seule l’autorité ayant convoqué une réunion peut décider de sa tenue ou de son annulation. On ne remplace pas l’ordre institutionnel par l’agitation d’un groupuscule improvisé.

L’histoire récente du football africain est riche de ces dérives. En 2017, elle a suspendu la Fédération Malienne de Football suite à une tentative similaire de destitution irrégulière.En 2018, elle a invalidé la révocation du président de la Fédération de Sierra Leone en invoquant le non-respect des procédures et de ses directives.En 2020, elle a rétabli la direction de la Fédération Kenyane dans un contexte comparable. Dans tous ces cas, l’illégalité des procédures et le non-respect des directives ont conduit à des sanctions lourdes. La Guinée ne peut pas se permettre un tel scénario.

Plus grave encore : ce genre d’agissements met en danger l’ordre public sportif. On ne joue pas avec la stabilité d’une institution pour des ambitions personnelles ou des règlements de comptes. On ne transforme pas une Fédération en champ de bataille médiatique au détriment du football national.

En suspendant la réunion, le président n’a pas fui. Il a pris de la hauteur. Il a entendu l’appel à la paix. Il a préféré la médiation à la confrontation, le respect des textes à la précipitation. C’est ce qu’on attend d’un dirigeant responsable.

Ce qui s’est passé le 8 avril n’est pas une démonstration de force. C’est un précédent dangereux. Un épisode que l’on doit corriger immédiatement pour éviter la contagion. L’illégalité n’est pas une option. Le désordre ne peut être une méthode. Et la FIFA ne saurait rester silencieuse face à cette dérive.

En somme, la réunion du 6 avril était irrégulière, les décisions qui en découlent sont nulles, et seule une médiation sereine peut sortir la Fédération de cette impasse.

Revenez à la raison. Pour le football. Pour l’institution. Et pour l’image de notre pays.

Sékou Koutoubou Kaba
Journaliste